La biénergie électricité–gaz naturel permet à un bâtiment commercial ou institutionnel chauffé au gaz de basculer la majeure partie de son chauffage vers l’électricité, tout en conservant le gaz pour les grands froids. Au Québec, elle repose sur trois piliers : un tarif d’électricité propre aux clients d’affaires, une entente entre Hydro-Québec et Énergir, et une aide financière désormais administrée par Énergir. Voici l’état de l’offre en 2026, ses conditions techniques et ce qu’il faut prévoir en conception.

Informations vérifiées en octobre 2026 auprès d’Hydro-Québec, d’Énergir, de la Régie de l’énergie, de quebec.ca et de Ressources naturelles Canada.

Qu’est-ce que la biénergie électricité–gaz naturel ?

La biénergie électricité–gaz naturel est un système de chauffage central qui utilise l’électricité comme source principale et le gaz naturel comme source d’appoint, le passage d’une source à l’autre étant commandé automatiquement par la température extérieure. Ce n’est donc pas un signal de pointe envoyé par Hydro-Québec au moment d’un événement : c’est une sonde de température qui déclenche la permutation.

Le mécanisme : une sonde et une température de permutation

Selon les Tarifs d’électricité 2026 d’Hydro-Québec, la sonde de température est fournie et installée par Hydro-Québec ; elle indique au dispositif de permutation automatique qu’un changement de mode est requis, et le mode combustible est utilisé lorsque la température extérieure est inférieure à −12 °C ou à −15 °C, selon les zones climatiques définies par Hydro-Québec. Des documents d’Énergir et d’Hydro-Québec destinés aux partenaires citent l’Abitibi et le Saguenay parmi les régions qui permutent à −15 °C.

Pourquoi une température plutôt qu’un signal du réseau ? Devant la Régie de l’énergie, Hydro-Québec a expliqué que les périodes les plus froides coïncident avec ses besoins d’approvisionnement les plus élevés, et qu’il n’est jamais arrivé que la pointe annuelle survienne à une température, à Montréal, qui ne serait pas inférieure à −12 °C. Hydro-Québec a aussi indiqué ne pas exclure une permutation télécommandée à moyen terme.

Quelle part de chauffage passe à l’électricité ?

Lors de l’annonce de l’entente en 2021, Hydro-Québec décrivait la biénergie comme l’utilisation de l’électricité comme source d’énergie principale « dans une proportion d’environ 70 % », le gaz naturel prenant le relais par grand froid. L’objectif annoncé était de diminuer d’un peu plus de 70 % la consommation de gaz naturel des clients participants. Ces proportions sont des moyennes de programme : la part réelle dépend du climat local, de la courbe de charge du bâtiment et de la capacité des équipements électriques installés.

L’entente Hydro-Québec–Énergir : dates, objectifs et contribution GES

L’offre biénergie découle d’une entente de collaboration de 20 ans conclue le 13 juillet 2021 entre Hydro-Québec et Énergir, et annoncée publiquement le 14 juillet 2021. Elle vise la conversion partielle à l’électricité du chauffage des bâtiments alimentés au gaz naturel d’Énergir, sans ajouter de charge électrique lors des pointes hivernales.

Les objectifs officiels

  • Réduction des GES : 540 000 tonnes d’équivalent CO2 d’ici 2030, selon Hydro-Québec.
  • Clientèle visée : la conversion à la biénergie de 100 000 clients d’Énergir (résidentiels, commerciaux et institutionnels), selon la demande déposée à la Régie de l’énergie.
  • Pointe électrique : Hydro-Québec estimait qu’une électrification complète de ces clients ajouterait près de 2 000 MW à la demande en période de pointe.
  • Coût pour la société : une économie de près de 1,7 milliard de dollars entre 2022 et 2030 par rapport à un scénario tout électrique, selon Hydro-Québec.

La contribution pour la réduction des GES

Le mécanisme financier de l’entente porte, dans les documents réglementaires, le nom de « contribution pour la réduction des GES » (ou « Contribution GES »). Hydro-Québec verse à Énergir une contribution annuelle pour chaque client qui adhère à la biénergie, pendant 15 ans à compter de son adhésion, afin de tenir compte de la perte de revenus d’Énergir et d’équilibrer l’impact tarifaire entre les clientèles des deux distributeurs. Selon la Régie de l’énergie, l’impact tarifaire cumulé à l’horizon 2030 du scénario biénergie serait de 1,43 % pour Hydro-Québec (dont 0,55 % lié à la Contribution GES) et de 0,9 % pour Énergir.

Le parcours réglementaire a été long. La Régie a approuvé la phase 1 (résidentielle et principe de la contribution) par sa décision D-2022-061 du 19 mai 2022, puis a fixé le tarif biénergie pour la clientèle commerciale et institutionnelle par les décisions D-2023-068 (31 mai 2023) et D-2023-072, qui en fixe l’entrée en vigueur au 12 juin 2023. Hydro-Québec indique que la clientèle commerciale et institutionnelle a accès à l’offre depuis le 6 novembre 2023. La Contribution GES fait par ailleurs l’objet d’un litige : selon Énergir, une décision de la Cour supérieure du 16 février 2024 a rétabli la décision initiale de la Régie, et l’audience devant la Cour d’appel était fixée au « T2-2026 ». Énergir précise que l’offre continue d’être offerte et que la contribution a été versée depuis la mise en place de la solution.

Une première période d’adhésion qui se termine fin 2026

La première période d’adhésion couvre les clients ayant choisi la biénergie entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2026 ; l’entente prévoit que les parties pourront convenir des paramètres d’une deuxième période, du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2030. Dans sa notice annuelle (exercice clos le 30 septembre 2025), Énergir indique que l’entente actuelle est en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026 et que les deux entreprises se sont engagées à entreprendre des discussions à compter de janvier 2026 sur sa prolongation. Pour un projet qui ne sera pas en service avant 2027, il est prudent de confirmer les conditions auprès d’Énergir au moment de signer.

Côté résultats, Énergir rapporte 6 285 adhésions, tous secteurs confondus, depuis l’approbation de l’initiative, et une réduction de 11 114 tonnes d’éq. CO2 pour son exercice 2025.

Quelle est l’offre biénergie pour les bâtiments commerciaux et institutionnels ?

Pour la clientèle d’affaires, l’offre combine le tarif biénergie de petite et de moyenne puissance d’Hydro-Québec, qui s’applique seulement à l’électricité de chauffage des espaces, et un programme d’aide financière à la conversion géré par Énergir. Le tarif et l’aide ont des conditions distinctes, qu’il faut lire séparément.

Le tarif biénergie de petite et de moyenne puissance

Ce tarif fait l’objet du chapitre 8 des Tarifs d’électricité 2026. Il s’applique à l’abonnement annuel de petite ou de moyenne puissance d’un client qui utilise un système biénergie conforme, et uniquement à l’électricité utilisée par ce système pour le chauffage des espaces ; l’électricité destinée aux autres usages fait l’objet d’un abonnement distinct au tarif G, M ou G9. Selon une FAQ d’Énergir de janvier 2024, seuls les bâtiments admissibles aux tarifs G, M et G9 ont accès à l’offre ; les clients de grande puissance (tarif L) en sont exclus. Hydro-Québec accepte comme combustible d’appoint, pour ce tarif, le gaz naturel, le propane, le mazout ou les granules de bois, mais l’aide financière décrite plus loin ne vise que le gaz naturel d’Énergir.

Période (Tarifs d’électricité en vigueur le 1er avril 2026)Prix au compteur biénergie
Période de chauffage (1er octobre au 30 avril), température ≥ −12 °C ou −15 °C6,995 ¢/kWh
Période de chauffage, température < −12 °C ou −15 °C62,558 ¢/kWh
Période de chauffage : puissanceAucune puissance à facturer
Période sans chauffage (1er mai au 30 septembre)Structure équivalente au tarif de base (G, M ou G9, selon la puissance appelée)

À titre de repère, le tarif G facture en 2026 l’énergie à 12,388 ¢/kWh pour les 15 090 premiers kilowattheures et à 9,534 ¢/kWh pour le reste, et le tarif M à 6,292 ¢/kWh pour les 210 000 premiers kilowattheures puis 4,666 ¢/kWh, plus 18,242 $ le kilowatt de puissance à facturer. Pour un client au tarif M, l’intérêt du tarif biénergie tient donc surtout à l’absence de facturation de la puissance en période de chauffage, alors que le prix sous la température de permutation est volontairement dissuasif. Hydro-Québec annonce des économies annuelles récurrentes de 15 % en moyenne sur les coûts d’énergie ; ce chiffre est une moyenne de l’offre, pas une garantie pour un bâtiment donné. Pour comprendre la structure des tarifs généraux, voir notre article sur les tarifs d’électricité affaires d’Hydro-Québec.

Les conditions techniques du système biénergie

Les articles 8.3 et 8.4 des Tarifs d’électricité 2026 imposent notamment les conditions suivantes :

  • un système central de chauffage des espaces, conçu pour que l’électricité soit la source principale et un combustible la source d’appoint ;
  • une capacité en mode combustible suffisante pour fournir la chaleur nécessaire au chauffage des espaces visés ;
  • aucune utilisation simultanée des deux sources en deçà de la température de permutation ;
  • un dispositif de permutation automatique relié à la sonde d’Hydro-Québec ; un dispositif de permutation commandé par le client est permis, mais uniquement en cas de bris d’équipement ou de panne d’électricité ;
  • un dispositif de reprise après panne, s’il y en a un, conforme aux exigences d’Hydro-Québec (exploitation en mode combustible seulement pendant un certain temps) ;
  • une alimentation électrique non desservie par un réseau autonome.

Le comptage : un compteur distinct, à double registre

L’électricité qui alimente le système biénergie doit être mesurée distinctement, au moyen d’un compteur permettant de mesurer la puissance maximale appelée. Hydro-Québec précise qu’il s’agit d’un compteur à double registre, car deux structures de prix s’appliquent ; les autres usages (éclairage, prises, etc.) restent au compteur standard. Selon la FAQ d’Énergir, seuls les équipements fonctionnant en mode biénergie peuvent être raccordés au compteur biénergie, et une unité de toit raccordée à ce compteur y voit toute sa consommation facturée au tarif biénergie, ventilateur compris. Le tarif s’applique à compter de la date d’installation du compteur approprié, après réception de l’Attestation de conformité biénergie signée par le client. Le client assume les coûts de vérification et de mise en conformité de son système ; si le réseau de distribution doit être adapté, Hydro-Québec indique que ces travaux sont réalisés sans frais pour le client.

Quelles aides financières pour convertir un bâtiment à la biénergie ?

L’aide à la conversion d’un bâtiment commercial ou institutionnel passe aujourd’hui par un seul guichet : le programme de biénergie d’Énergir, financé par Hydro-Québec, Énergir et le gouvernement du Québec dans le cadre du Plan pour une économie verte 2030. Ce programme est en vigueur depuis le 1er avril 2026, et son guide de participation a été révisé le 18 juin 2026.

Cette aide relevait auparavant du programme ÉcoPerformance. Le cadre normatif d’ÉcoPerformance entré en vigueur le 7 juillet 2026 a ensuite retiré ce volet : la page officielle du programme indique que le volet biénergie CI a été retiré du cadre normatif d’ÉcoPerformance et est désormais géré par Énergir. Le 10 avril 2026, Québec a annoncé une aide de 163,4 millions de dollars à Énergir pour ce programme, dont devraient bénéficier plus de 11 000 ménages et près de 450 bâtiments commerciaux et institutionnels. Les autres volets d’ÉcoPerformance sont présentés dans notre article sur le programme ÉcoPerformance, et les autres programmes du distributeur gazier dans les subventions d’Énergir pour les entreprises.

Qui est admissible ?

  • Participants : toute entreprise légalement constituée ayant un établissement au Québec, quel que soit son secteur, ainsi que les consortiums, les entreprises d’économie sociale (coopératives et OBNL), les entreprises individuelles et les communautés autochtones reconnues. Il faut être client d’Énergir et utiliser le gaz naturel pour le chauffage des espaces.
  • Bâtiments : bâtiments commerciaux et institutionnels, bâtiments à usage mixte et bâtiments résidentiels de 20 logements ou plus. Les bâtiments situés sur un site industriel, y compris les bureaux administratifs à vocation commerciale sur ce site, sont exclus.
  • Bâtiment existant : chauffé au gaz naturel depuis au moins 12 mois avant la demande, avec une consommation régulière et principalement destinée au chauffage des espaces. Une nouvelle construction peut être admissible si elle a accès au réseau d’Énergir et est sur le point d’y être branchée.
  • Travaux : le remplacement d’appareils au gaz en fin de vie avec ajout d’appareils électriques en mode biénergie, l’ajout d’appareils électriques en mode biénergie à des appareils au gaz existants, ou un système biénergie complet en nouvelle construction, agrandissement ou rénovation majeure. Le système doit desservir uniquement les charges visées au tarif biénergie de petite et de moyenne puissance.

Ne sont pas admissibles, notamment : les travaux achevés avant le dépôt de la demande, la conversion d’un combustible fossile autre que le gaz naturel et le remplacement d’un chauffe-eau au gaz par un chauffe-eau électrique.

Parcours simplifié ou parcours sur mesure

Parcours simplifiéParcours sur mesure
Pour quiAide préétablie selon les équipements listésÉquipements ou dépenses non modélisables, ou aide visée supérieure au plafond du parcours simplifié
Calcul80 % × (coût estimé du projet − coût estimé de référence)80 % × (coût estimé du projet − coût estimé de référence), limité à 250 $ par tonne d’éq. CO2 évitée sur 10 ans
Plafond250 000 $ par demande et par site3 000 000 $ par demande ; 6 000 000 $ par site
Exigence d’ingénierieCalcul préliminaire par un professionnel, validé par ÉnergirPlan de projet signé par un membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec ; aide recalculée selon les coûts réels

Le « coût estimé de référence » correspond au coût d’un scénario sans biénergie : l’aide porte donc sur le surcoût de la biénergie, pas sur le coût total. Énergir se réserve le droit d’ajuster ou de refuser l’aide lorsque les réductions de GES anticipées ne sont pas cohérentes avec les objectifs du programme, et peut demander les hypothèses, les charges thermiques et le dimensionnement des équipements.

Dépenses admissibles

Sont admissibles l’achat et l’installation des appareils de chauffage électriques ou hybrides gaz–électricité, l’augmentation de la capacité électrique si elle est requise, les modifications électriques pour l’ajout du compteur d’Hydro-Québec réservé aux appareils biénergie, le rehaussement du réseau électrique du bâtiment entre le mât de branchement et le panneau, ainsi que certaines dépenses connexes (base de toit de transition, panneaux esthétiques exigés par la réglementation, transformateur pour un équipement fonctionnant à une tension autre que 600 V). Ne sont pas admissibles : les équipements au gaz naturel et leurs périphériques, les mises à niveau qui remplacent des équipements en fin de vie, le raccordement gazier des bâtiments neufs et, pour le parcours simplifié, les coûts internes.

Délais et engagements à respecter

  • Date d’antériorité : la demande doit être déposée au plus tard 30 jours après le début des travaux (date de la première facture en parcours simplifié, du premier bon de commande en parcours sur mesure).
  • Réalisation : 48 mois après la confirmation de l’aide, plus un maximum de 12 mois en cas de circonstances exceptionnelles.
  • Tarif : engagement à utiliser le tarif biénergie pendant au moins dix ans.
  • Cumul : l’aide provenant d’organisations autres qu’Énergir, Hydro-Québec et le gouvernement du Québec n’est pas autorisée.
  • Inspection : Énergir peut inspecter le système dans les 12 mois suivant sa mise en service ; si les mesures ne sont pas installées, mises en service ou configurées conformément au programme, l’aide doit être remboursée.

Biénergie commerciale ou résidentielle (tarif DT) : qu’est-ce qui change ?

La biénergie résidentielle et la biénergie commerciale et institutionnelle reposent sur le même principe de permutation à −12 °C ou −15 °C, mais pas sur le même tarif, le même comptage ni la même aide. Les conditions de l’une ne s’appliquent pas à l’autre.

ÉlémentRésidentiel : tarif DTCommercial et institutionnel : tarif biénergie de petite et de moyenne puissance
Consommation viséeLa totalité de la consommation de l’abonnementSeulement l’électricité du système biénergie pour le chauffage des espaces
ComptageCompteur de l’abonnementCompteur distinct à double registre ; autres usages au tarif G, M ou G9
Prix de l’énergie (1er avril 2026)5,131 ¢/kWh au-dessus du seuil ; 30,001 ¢/kWh sous le seuil, toute l’année6,995 ¢/kWh au-dessus du seuil ; 62,558 ¢/kWh sous le seuil, du 1er octobre au 30 avril
Autres composantesFrais d’accès au réseau (46,154 ¢/jour) et puissance au-delà du seuil de facturation (7,266 $/kW)Aucune puissance facturée en période de chauffage ; structure du tarif de base du 1er mai au 30 septembre
Utilisation simultanée des deux sourcesInterditeInterdite seulement en deçà de la température de permutation
Permutation manuelleDispositif manuel permisSeulement en cas de bris d’équipement ou de panne d’électricité
Aide d’Énergir (volet)Montants fixes par type d’habitation (p. ex. jusqu’à 7 300 $ pour une maison à air chaud existante), habitations de 19 logements ou moins80 % du surcoût, plafonds de 250 000 $ (simplifié) ou 6 M$ par site (sur mesure) ; bâtiments CI et résidentiels de 20 logements ou plus

Deux nuances méritent l’attention. D’abord, l’autorisation d’un fonctionnement simultané au-dessus de la température de permutation est propre au tarif d’affaires : la Régie a constaté que les modalités permettent aux thermopompes de recourir partiellement ou entièrement au combustible si elles ne suffisent pas à la charge, le mode combustible n’étant obligatoire que sous la température de permutation. Ensuite, pour un immeuble de 20 logements ou plus admis au volet commercial et institutionnel d’Énergir, le guide précise seulement que « le tarif varie en fonction du type de bâtiment » : le tarif d’électricité applicable (DT ou tarif d’affaires) se valide au cas par cas avec Hydro-Québec.

Quel est le lien entre la biénergie et la gestion de la pointe ?

La biénergie retire la charge de chauffage électrique du réseau pendant les heures les plus froides, qui coïncident avec la pointe hivernale d’Hydro-Québec : c’est un moyen de gestion de la pointe intégré au tarif plutôt qu’un programme sur appel. Dans sa décision D-2023-068, la Régie s’est dite satisfaite de la démonstration d’Hydro-Québec selon laquelle la permutation par sonde à −12 °C (ou −15 °C) efface la demande pendant les heures de pointe les plus critiques, ce qui permet d’éviter des coûts de nouveaux approvisionnements en puissance.

Les données présentées par Hydro-Québec en audience nuancent ce constat : au-dessus d’une demande de 33 000 MW, la biénergie procurait un effacement 87 % du temps, et au-dessus de 35 000 MW, 98 % du temps, alors que la pointe de l’hiver 2021-2022 était d’environ 43 000 MW. Un intervenant, le RNCREQ, soutenait qu’environ le tiers des heures de pointe n’est pas effacé par une permutation à température fixe. La Régie a néanmoins retenu la sonde comme une technologie simple, éprouvée et neutre.

Trois conséquences pratiques pour un gestionnaire :

  • l’abonnement au tarif biénergie ne peut pas cumuler, pour le même abonnement, l’option de crédit hivernal, les options GDP Engagement et Latitude ni l’option d’électricité additionnelle ;
  • selon la FAQ d’Énergir de janvier 2024, l’offre de gestion de la demande de puissance demeure possible pour le compteur des autres charges du bâtiment, mais pas pour le compteur biénergie ;
  • côté gaz, la Régie a approuvé une modification des conditions de service d’Énergir pour que le supplément pour service de pointe ne s’applique pas aux clients au tarif biénergie de petite et de moyenne puissance d’Hydro-Québec.

Quels éléments de conception et d’ingénierie prévoir ?

Une conversion biénergie réussie repose sur trois décisions d’ingénierie : la puissance électrique installée par rapport à la température de permutation, la séquence de contrôle entre les deux sources, et la capacité de l’entrée électrique. Le tarif fixe les règles ; il ne garantit ni la performance ni la rentabilité d’une installation.

Dimensionner pour la température de permutation, pas pour la pleine charge

Le système doit pouvoir chauffer entièrement au gaz : la capacité en mode combustible doit couvrir la charge de conception. Du côté électrique, le document de formation d’Hydro-Québec et d’Énergir (révisé en novembre 2024) recommande de dimensionner les appareils électriques pour répondre au besoin du bâtiment jusqu’à −12 °C, et pas davantage. Son exemple indicatif, une école consommant 50 000 m³ de gaz par année, compare une chaudière électrique d’environ 300 kW pour la pleine charge à environ 140 kW pour une application biénergie. Surdimensionner alourdit les coûts d’équipement et les travaux électriques sans gain tarifaire.

Avec une thermopompe air-eau ou air-air, la capacité chute par temps froid. Hydro-Québec a indiqué à la Régie que les thermopompes à compresseur standard ont une température d’arrêt autour de −9 °C à −12 °C ; entre ces températures et le point de permutation, l’appoint au gaz peut compléter la thermopompe sans contrevenir au tarif. Une analyse horaire de la charge, appuyée par une modélisation énergétique, permet d’arbitrer entre thermopompe, chaudière électrique ou combinaison des deux.

Contrôles et régulation

  • Signal de permutation : selon la FAQ d’Énergir, seul le signal de la sonde d’Hydro-Québec peut commander la permutation ; il peut être transmis directement aux équipements ou par le système de contrôle du bâtiment. Les sondes sont fournies et installées sans frais par Hydro-Québec, mais l’installation du système de permutation est aux frais du client.
  • Effacement complet : tout équipement électrique raccordé au compteur biénergie doit pouvoir s’effacer complètement à la température de permutation.
  • Séquence au-dessus de −12 °C : l’intérêt économique dépend de la priorité donnée à l’électricité tant que la température le permet. Ressources naturelles Canada recommande, pour les systèmes à eau chaude biénergie, de vérifier que la chaudière électrique fournit réellement la puissance demandée et d’ajuster les séquences du système de contrôle pour en maximiser l’utilisation.
  • Unités de toit hybrides : selon le document de formation, dans la plupart des modèles, le brûleur et la thermopompe ne peuvent pas fonctionner simultanément ; un serpentin électrique modulant en aval peut compenser la perte de capacité de la thermopompe jusqu’à −12 °C. Pour les unités à volume variable, il faut s’assurer que le contrôle du bâtiment communique avec le contrôleur interne de l’unité (protocole BACnet).
  • Reprise après panne : si un dispositif de reprise en mode combustible est prévu, il doit être conforme aux exigences d’Hydro-Québec.

Entrée électrique et comptage

L’ajout d’un compteur distinct peut exiger de séparer l’entrée existante ou d’en ajouter une, selon la norme E.21-10 d’Hydro-Québec (Livre bleu). Le document de formation signale aussi que plusieurs thermopompes air-eau sont alimentées en 575 V, alors que le réseau d’Hydro-Québec distribue en 600 V : un transformateur peut être requis. Ces éléments sont à intégrer dès l’étude de faisabilité, car ils pèsent sur le coût du projet et sur le calendrier de raccordement.

Mise en service et suivi

En parcours sur mesure, le plan de projet doit être signé par un ingénieur, présenter le scénario de référence et le scénario de projet, et reprendre les exigences pertinentes de la norme ISO 14064-2 ; après les travaux, un rapport de mise en fonction signé par un ingénieur est exigé. Au-delà de la conformité, le suivi des données d’exploitation est déterminant : dans une étude de cas de CanmetÉNERGIE portant sur un immeuble de bureaux près de Montréal, la chaudière électrique fournissait en moyenne 40 % moins de chaleur que demandé, en raison d’éléments chauffants brûlés. C’est typiquement le genre d’anomalie que détecte un recommissioning.

Comment ORT Énergie peut vous accompagner

ORT Énergie est une firme québécoise de génie-conseil en efficacité énergétique. Pour un projet de biénergie, nous pouvons intervenir aux étapes suivantes :

  • Analyse préalable : audit énergétique et modélisation pour estimer la charge de chauffage et la part transférable à l’électricité au-dessus de la température de permutation ;
  • Conception, plans et devis : choix de la configuration (thermopompe, chaudière électrique, unité hybride), dimensionnement et séquences de contrôle ;
  • Aide financière : accompagnement à la demande d’aide financière auprès d’Énergir ;
  • Mise en service et recommissioning : vérification de la permutation et des séquences, puis suivi de l’exploitation ;
  • Gestion de la pointe : analyse des options applicables au compteur des autres charges du bâtiment.

La biénergie peut aussi s’inscrire dans une démarche plus large, présentée dans notre article sur les stratégies de décarbonation ; lorsque le gaz doit être éliminé complètement, d’autres solutions comme la géothermie se comparent sur la même base d’analyse.

Conclusion

En 2026, la biénergie commerciale et institutionnelle repose sur un cadre stable sur le plan technique (permutation par sonde à −12 °C ou −15 °C, compteur distinct, tarif sans puissance facturée en période de chauffage) et sur une aide financière désormais regroupée chez Énergir. L’incertitude porte surtout sur l’après-2026 : la première période d’adhésion de l’entente Hydro-Québec–Énergir se termine le 31 décembre 2026. Pour les propriétaires qui envisagent une conversion, la priorité est de bien dimensionner la partie électrique, de concevoir des séquences de contrôle qui privilégient l’électricité au-dessus de la température de permutation, et de confirmer les conditions du programme avant d’engager des dépenses.

Foire aux questions (FAQ)

À quelle température un système biénergie passe-t-il au gaz naturel ?

Le passage au combustible se fait lorsque la température extérieure est inférieure à −12 °C ou à −15 °C, selon la zone climatique définie par Hydro-Québec. La permutation est commandée par une sonde de température extérieure fournie et installée par Hydro-Québec. Sous ce seuil, l’électricité du compteur biénergie est facturée à un prix très élevé (62,558 ¢/kWh en 2026), ce qui rend le gaz plus avantageux.

Le tarif biénergie s’applique-t-il à toute l’électricité d’un bâtiment commercial ?

Non. Le tarif biénergie de petite et de moyenne puissance s’applique seulement à l’électricité consommée par le système biénergie pour le chauffage des espaces, mesurée par un compteur distinct. L’éclairage, les prises et les autres usages restent au tarif G, M ou G9. C’est une différence majeure avec le tarif DT résidentiel, qui s’applique à la totalité de la consommation.

Quel est le montant maximal de l’aide à la conversion biénergie pour une entreprise ?

Dans le programme d’Énergir en vigueur depuis le 1er avril 2026, le parcours simplifié couvre 80 % du surcoût du projet par rapport à un scénario de référence, jusqu’à 250 000 $ par demande et par site. Le parcours sur mesure applique le même calcul, limité à 250 $ par tonne d’éq. CO2 évitée sur 10 ans, avec des plafonds de 3 M$ par demande et de 6 M$ par site. Énergir se réserve le droit de modifier le programme ou d’y mettre fin en tout temps, sans préavis.

Un bâtiment chauffé au mazout ou au propane est-il admissible à l’offre biénergie ?

Le tarif biénergie d’Hydro-Québec accepte le gaz naturel, le propane, le mazout ou les granules de bois comme combustible d’appoint. En revanche, l’aide financière du programme d’Énergir vise les bâtiments chauffés au gaz naturel d’Énergir ; la conversion impliquant un autre combustible fossile n’y est pas admissible. Pour le mazout et le propane, il faut se tourner vers d’autres programmes.

Peut-on faire fonctionner la thermopompe et la chaudière au gaz en même temps ?

Avec le tarif d’affaires, les deux sources ne doivent pas fonctionner simultanément en deçà de la température de permutation. Au-dessus de cette température, la Régie de l’énergie a constaté que l’appoint au gaz peut compléter une thermopompe dont la capacité est insuffisante. Le tarif DT résidentiel, lui, interdit toute utilisation simultanée.

L’offre biénergie sera-t-elle encore offerte en 2027 ?

La première période d’adhésion de l’entente Hydro-Québec–Énergir se termine le 31 décembre 2026, et l’entente prévoit une deuxième période possible de 2027 à 2030. Énergir indiquait que des discussions sur la prolongation devaient commencer en janvier 2026. En l’absence d’annonce officielle consultée en octobre 2026, il faut confirmer les conditions auprès d’Énergir avant de lancer un projet.